Vous avez sûrement entendu parler de la petite crise entourant l’exclusion (possible) de 2 groupes anglophones de l’Autre Saint-Jean dans Rosemont. Je dis possible parce qu’il y a présentement un doute sur la véracité de ces informations, mais reste que ça a fait sortir un débat qui franchement, me met en colère.
D’où vient cette idée que la Saint-Jean-Baptiste est la célébration de la langue française? On m’a toujours dis que c’était la fête nationale du Québec. Or, au Québec, il y a des anglophones, et ce depuis quelques temps. Beaucoup sont nés ici, de parents nés ici, et sont aussi Québécois que les « pures laines» . Ils ont participés à la culture, notamment musicale, et devrait aussi être représenté dans une fête qui célèbre qui nous sommes.
Si un artiste venait à la Saint-Jean et chantait en Espagnol, en Créole, peu importe, ça serait correct. Après tout, on est un peuple très ouvert. Une anglophone, bien qu’il représente un bien plus grand pourcentage de Québécois, n’a pourtant pas sa place. Les anglophones sont dans une situation particulière au Québec. Ils représentent une minorité dans une majorité francophone, qui elle même une minorité dans une autre majorité anglophone. Parfois, on dirait que certaines francophones semblent penser que ce sentiment de victimes les justifie de brimer les droits des anglophones Québécois.
Les exclure d’un spectacle dont le but est de célébrer notre identité, c’est purement du racisme. C’est dire « vous n’avez pas le droit d’être Québécois, seulement à cause de votre langue» .
Heureusement, il y a quelques personnes qui s’élèvent contre l’injustice, et je suis content de voir que le gouvernement et même l’opposition officielle ont dit officiellement que c’était une mauvaise décision. Je ne peux en dire autant de la société Saint-Jean-Baptiste qui, par l’entremise de son distingué PDG Mario Beaulieu demande l’exclusion de groupes anglophones. Voici ses somptueux arguments.
Ce matin, je l’ai entendu dire que de toute manière, Rosemont est un quartier majoritairement francophone. Pourquoi voudraient-ils entendre de la musique dans une autre langue que celles qu’ils parlent tous les jours? Quelle idée saugrenue. Je suis sûr qu’ils n’écoutent que de la musique française de toute manière.
Ensuite, j’ai eu l’impression qu’il entreprenait une idée nuancée et réaliste. Il a dit quelque chose comme « Mais cela soulève une question intéressante. On dit qu’on veut intégrer tout le monde –» . Je pensais alors qu’il allait dire que c’était une situation complexe, qui oppose une histoire pleine de confrontation à une culture commune actuelle et qui soulève des passions etc etc etc. La suite disait plutôt « et cette intégration doit se faire sous une seule langue, et cette langue c’est le français» . Est-ce que je rêve ou est-ce que ça ressemble beaucoup à la soi-disant assimilation anglophone qu’il décrie autant? C’est dire « On peut vivre ensemble, mais tant que vous accepter de parler notre langue, même dans votre culture et vos arts.» . Quel bouffon.
Ce soir, au bulletin de nouvelle, il a dit mot pour mot: « Ces 2 journées-là, le 23 et le 24, que ça se passe surtout en français je pense que c’est tout à fait raisonnable» . Je n’ai pas rajouté le mot « surtout» . Il devait trouver que « seulement en français» sonnait trop extrême, mais apparemment, 2 groupes dans Rosemont c’est déjà trop d’anglos…
J’ai entendu d’autres arguments aujourd’hui au travail, et personne n’a réussi à me convaincre. On m’a dit que notre langue était si fragile, et que si on ne la défend pas on va TOUT perdre! Premièrement, je ne vois pas en quoi 2 groupes à Rosemont attaque ma langue, et je ne vois pas en quoi essayer de cacher l’existence d’une autre langue va protéger celle qu’on a… On m’a dit que la fête de la Saint-Jean historiquement c’est pas celle des anglophones, c’est celle des francophones. C’est peut-être vrai dans l’état actuel des choses, mais la Saint-Jean elle est ce qu’on en fait. C’est pas écrit dans la bible que c’est juste pour nous francophone, on a le droit de décider qui en fait partie.
Je vous invite à lire la chronique d’Yves Boivert de ce matin, qui est sensiblement du même avis mais le dit d’une façon bien plus éloquente. « Me semble que la bataille des Plaines, si on n’en revient pas encore, on peut s’entendre pour dire que ce n’est pas de la faute des membres de Lake of Stew.»
Note aux amis: je serai à Québec de samedi jusqu’au 24! S’il y en a qui voudrait s’organiser quelque chose laissez moi savoir!
Écrit par Guigue le Lundi, 15 juin 2009 à 21:08 dans Blog